GIF et RGPD : quand les images animées font trembler la conformité

Envoyer un GIF rigolo dans un chat d’équipe ou une campagne marketing, c’est devenu banal. Qui n’aime pas agrémenter ses messages d’un meme animé de chat mignon ou d’un « applaudissement » en boucle ? Pourtant, derrière ces images anodines se cache un vrai sujet de vie privée et de conformité RGPD. Oui, vous avez bien lu : le duo improbable gif RGPD est un enjeu sérieux. Dans cet article pédagogique (et un brin humoristique), nous allons expliquer comment les API de GIF collectent des données personnelles sans consentement, pourquoi cela pose un problème au regard du RGPD, comparer les solutions populaires du marché (Giphy, Tenor, Heypster-GIF), et présenter des alternatives conformes. Marketing ou conformité, tout le monde est concerné !

Ne vous inquiétez pas, nous aborderons aussi les risques pour les entreprises en cas de non-conformité (spoiler : cela peut coûter cher), et nous conclurons par des recommandations pratiques pour continuer à utiliser des GIF en toute légalité. Préparez-vous : ce qui suit pourrait bien vous faire voir vos images animées sous un jour nouveau (mais c’est pour la bonne cause) !

Comment les API de GIF collectent vos données personnelles (à votre insu)

Lorsque vous cliquez sur le bouton « GIF » dans Slack, Teams, WhatsApp ou tout autre service, vous faites appel à une API de GIF tierce (généralement Giphy ou Tenor). En apparence, vous ne faites que rechercher une image animée. En coulisses, des données personnelles sont transmises à ces services externes sans que l’utilisateur ne s’en rende compte. Quels types de données exactement ? Voici un aperçu :

  • Adresse IP et infos de l’appareil : À chaque requête de GIF, votre appareil contacte les serveurs de la plateforme (par exemple ceux de Giphy ou de Google/Tenor). Ce simple appel leur révèle votre adresse IP (considérée comme donnée personnelle) et potentiellement des informations techniques sur votre appareil ou navigateur​ (source). Giphy indique d’ailleurs clairement collecter l’adresse IP, l’identifiant de l’appareil, le type de navigateur et même les cookies lors de chaque interaction avec son service​ (source). Tenor, intégré aux services Google, va encore plus loin en récupérant également des identifiants uniques de l’appareil, la version de l’application, et des données de réseau mobile (jusqu’au nom de l’opérateur téléphonique)​
  • Requêtes de recherche et interactions : Votre mot-clé de recherche pour trouver un GIF (« joyeux anniversaire », « chat mignon », « vendredi soir », etc.) est bien entendu transmis à l’API afin de retourner les images correspondantes. Mais ces services en profitent pour enregistrer ces requêtes et les associer à votre session. En outre, chaque GIF renvoyé peut contenir un identifiant de suivi invisible. Par exemple, Giphy ajoute à ses URLs de GIF un paramètre caché (cid) qui sert de jeton analytique pour tracer la requête​. Une étude technique a montré que lors d’une recherche de GIF, Giphy attribue un identifiant unique à la session de recherche et le réutilise pour chaque image chargée, permettant ainsi de lier entre elles toutes les actions d’un même utilisateur sur une période donnée​. En clair, ils savent quel GIF vous avez cherché, vu, puis envoyé.
  • Données de localisation approximative : Indirectement, via l’IP ou des paramètres régionaux, la plateforme peut déduire une localisation géographique. Giphy ajuste d’ailleurs ses résultats en fonction de la région de l’utilisateur​. Google/Tenor de son côté indique pouvoir collecter des données de réseau mobile, ce qui peut inclure le pays ou la zone où vous vous trouvez​. Rien de précis comme une GPS, mais suffisamment pour cibler par pays ou ville.
  • Autres métadonnées techniques : Les horodatages (date et heure) de chaque requête, l’URL de l’application ou du site d’où provient la demande, et d’éventuels cookies ou identifiants de session peuvent également être transmis​. Tout cela permet aux fournisseurs de GIF de dresser un tableau assez complet de l’utilisation : fréquence et timing des recherches, type de contenus recherchés, etc.

En somme, derrière le simple fait d’afficher un GIF, une collecte de données s’opère en arrière-plan. Le plus problématique, c’est que l’utilisateur moyen n’en a pas conscience du tout. Avez-vous déjà vu une mention d’une collecte de données personnelles lorsque vous utilisez un GIF dans une messagerie ? Probablement pas. Il n’y a aucun message d’avertissement quand on clique sur le bouton GIF d’une application, alors même que des informations partent vers l’extérieur​. Pour l’usager, tout cela est invisible: il voit juste son image animée s’afficher. Le développeur de l’application, lui, sait qu’il utilise une API tierce, mais il est fréquent que ni une mention légale claire ni un consentement ne soient prévus pour cette interaction.

Avant de crier au loup, précisons que collecter certaines données techniques (comme l’IP) est techniquement nécessaire pour afficher le GIF – sans IP, pas de communication Internet. Mais là où le bât blesse, c’est que ces plateformes en profitent pour engranger bien plus de données qu’il n’en faut, et surtout pour les réutiliser à d’autres fins (marketing, profilage publicitaire, etc.) sans transparence. Google, par exemple, admet utiliser les informations envoyées à ses API conformément à sa vaste politique de confidentialité​. Celle-ci lui permet d’exploiter tout ce qu’il récolte – identifiants uniques, données d’appareil, requêtes, IP… – pour améliorer ses services et… cibler la publicité. Un GIF utilisé pour dire «bravo» dans un chat peut ainsi révéler un ressenti ou une émotion de l’utilisateur, que Google s’empresse de classer pour affiner votre profil publicitaire​. Avouez que c’est un comble: votre GIF « facepalm » du lundi matin pourrait très bien servir à calibrer des pubs, le tout sans que vous le soupçonniez.

Pourquoi cette collecte pose un problème de conformité RGPD

Décrite ainsi, la situation fait frémir tout délégué à la protection des données (DPO) qui se respecte. Et pour cause : plusieurs principes fondamentaux du RGPD sont mis à mal.

1. Absence de consentement explicite. Le RGPD impose qu’aucune donnée personnelle ne soit collectée sur un utilisateur de l’UE sans une base légale valide (consentement, intérêt légitime, obligation légale, etc.). Dans le cas des GIF intégrés, difficile de plaider l’obligation légale ou l’exécution d’un contrat – un GIF amusant n’est que facultatif. Le recours à l’intérêt légitime de l’entreprise serait très bancal, car il faudrait prouver que le besoin d’afficher des GIF justifie de tracker l’utilisateur, ce qui porterait atteinte à ses droits et à sa vie privée. En réalité, la base légale appropriée serait le consentement de la personne… or personne ne le recueille dans ce contexte. L’utilisateur n’est jamais informé ni consulté. Aucun bandeau ne s’affiche pour dire « Vos recherches de GIF seront envoyées à Giphy/Tenor qui pourrait les utiliser… Acceptez-vous ? ». On est loin du compte.

2. Violation du principe de transparence. Même en admettant qu’une base légale légitime soit invoquée, le RGPD exige une information claire et préalable de la personne concernée sur ce qui est collecté et pourquoi. Ici, c’est silence radio. Les politiques de confidentialité des applications mentionnent rarement « en utilisant la fonctionnalité GIF, vous transmettez des données à X ou Y ». L’utilisateur lambda ignore jusqu’à l’existence de Tenor ou Giphy en tant que tierces parties​. Ce manque de transparence est en lui-même un manquement au RGPD.

3. Impossibilité d’exercer ses droits. Vous avez le droit d’accès, de rectification, d’effacement sur vos données personnelles. Concrètement, comment exercer ces droits auprès de Giphy ou Tenor lorsqu’ils collectent vos recherches ? Ces acteurs ne vous connaissent souvent que via un identifiant technique opaque (pas de compte utilisateur dans la plupart des cas) et ne vous donnent aucun moyen facile de consulter ou supprimer ces informations. Vous ne pouvez pas accéder aux données qu’ils ont sur vous, ni les rectifier, ni les effacer​. Or le RGPD stipule que ces droits doivent être garantis. Ici, l’entreprise intégrant le GIF se retrouve coincée: elle a du mal à elle-même connaître ce qui a été stocké par le prestataire tiers, encore moins à le purger sur demande.

4. Transfert de données hors UE. Last but not least, la localisation des données. Giphy est une société américaine (faisant partie de Meta/Facebook de 2020 à 2023, puis revendue à Shutterstock de force par l'autorité de la concurrence britannique !) et Tenor est la propriété de Google (USA également). Les données collectées (IP, requêtes, etc.) sont très probablement transférées et stockées sur des serveurs aux États-Unis. Après l’invalidation du Privacy Shield par la CJUE (arrêt Schrems II), tout transfert de données personnelles vers les USA est extrêmement encadré. Sans garanties supplémentaires (Data Privacy Framework, chiffrement, clauses contractuelles renforcées, AITD…) ou consentement explicite, ces transferts sont considérés comme illégaux. La CNIL française a été on ne peut plus claire sur le sujet en déclarant, à propos de Google Analytics, que les organisations doivent considérer comme illégaux les outils entraînant un tel transfert et se tourner vers des alternatives conformes​. Par analogie, utiliser une API de GIF qui envoie des données chez Google ou Meta pose le même problème que Google Analytics – en pire, car ici il n’y a aucune mesure de pseudonymisation ou d’anonymisation. L’IP complète part aux États-Unis, potentiellement accessible aux autorités américaines (loi FISA, CLOUD Act, etc.), ce qui est contraire au RGPD.

En résumé, l’utilisation non encadrée des API Giphy/Tenor coche toutes les cases du non-respect du RGPD : collecte cachée, absence de consentement, opacité, impossibilité pour l’utilisateur de reprendre le contrôle sur ses données, et export hors UE. Ce qui, au départ, semblait être une simple fonctionnalité fun s’avère un petit cheval de Troie réglementaire.

Pour une entreprise européenne, cela signifie qu’en intégrant une telle fonctionnalité sans précaution, elle devient co-responsable de ces traitements illégaux. Car oui, si votre application ou site envoie des données utilisateurs à un tiers, vous êtes responsable de ce partage aux yeux de la loi. Et en cas de contrôle ou de plainte, l’excuse « je ne savais pas, c’est le SDK de GIF qui faisait ça » ne pèsera pas lourd. C’est précisément ce qu’on appelle dans le jargon un défaut de « privacy by design ».

Giphy, Tenor, Heypster-GIF : le match de la conformité des plateformes GIF

Passons en revue les principales solutions du marché et comparons-les sous l’angle fonctionnalités vs. respect de la vie privée. Trois noms reviennent souvent dès qu’on parle de banques de GIF intégrables : Giphy, Tenor et Heypster-GIF. Que faut-il savoir sur chacun ? Petit comparatif.

  • Giphy – Le géant (très indiscret) : Giphy est la plateforme de GIF la plus connue et la plus répandue au monde. Rachetée par Meta (Facebook) en 2020, elle propose des millions de GIF et est intégrée à de nombreuses applications (Twitter, Slack, Teams, etc.). Côté fun, c’est la référence absolue. Côté vie privée en revanche, c’est la catastrophe. Giphy exploite des systèmes de traqueurs et analytiques (notamment via Google Analytics) pour collecter massivement les données des utilisateurs lors de l’utilisation de son API. Aucune donnée personnelle n’est épargnée : adresse IP, identifiants d’appareil, requêtes, interactions… tout est capté et exploité. Pire, l’utilisateur n’a aucun moyen de s’y opposer ou de contrôler ses données. En conséquence, Giphy n’est pas conforme au RGPD – un constat même admis par le marché, puisque c’est parce que Giphy ne respecte pas nos lois européennes qu’est née une alternative locale​. En clair, avec Giphy vous aurez les GIF les plus tendance, mais aussi des soucis potentiels avec la CNIL.
  • Tenor – Le discret (pas mieux) : Tenor est le second acteur majeur, souvent moins connu du grand public car sa marque est plus effacée – mais si vous utilisez le clavier GIF sur Android ou la barre GIF de LinkedIn, vous utilisez Tenor. Google a acquis Tenor en 2018, ce qui l’a intégré à son écosystème. Niveau catalogue, Tenor est très riche également, rivalisant avec Giphy sur de nombreux mots-clés populaires. Niveau données, sans surprise, c’est Google aux commandes. Toute requête via Tenor est une requête à Google, qui l’applique à sa politique de confidentialité globale. Celle-ci lui permet de collecter un maximum d’infos sur l’appareil et l’utilisateur​, et de les corréler avec le reste (on peut imaginer, par exemple, recouper vos recherches GIF avec votre compte Google si vous êtes connecté sur le même appareil – de quoi parfaire encore votre profil publicitaire). Aucun consentement n’est demandé non plus lors de l’utilisation de Tenor. Bref, Tenor n’est pas plus RGPD-compatible que Giphy. L’un est la propriété de Meta, l’autre de Google, mais pour l’utilisateur c’est du pareil au même : vos données de GIF partent aux États-Unis enrichir le Big Data de ces entreprises.
  • Heypster – L’outsider conforme : Face à ces deux mastodontes américains, une startup européenne a pointé le bout de son nez pour offrir une alternative respectueuse de la vie privée. Heypster-GIF (startup française) se présente comme la première plateforme de GIF européenne conforme au RGPD et au DSA. Concrètement, Heypster ne trace pas ses utilisateurs : pas de cookie, pas de pisteur tiers, aucune collecte de données personnelle n’est effectuée via son API​. Vos recherches de GIF ne sont pas enregistrées dans un historique exploité à des fins marketing, et aucune information permettant de vous identifier (même l’IP) n’est conservée. L’entreprise pousse la démarche jusqu’à héberger tous ses serveurs en France (label SecNumCloud pour un haut niveau de sécurité)​, assurant que les données – si par exception il y en avait – ne sortiraient pas du sol européen. Côté contenu, Heypster a la particularité de créer elle-même ses GIF ou de les sélectionner soigneusement, afin d’éviter tout contenu problématique et d’assurer la modération exigée par la réglementation (DSA)​. Évidemment, étant plus récent, son catalogue est plus restreint quantitativement que celui de Giphy/Tenor, mais il grossit rapidement et couvre déjà les grands classiques et les tendances locales. Pour une entreprise soucieuse de conformité, Heypster apparaît donc comme une solution “clé en main” pour garder les GIF sans sacrifier le RGPD.

En résumé, Giphy et Tenor jouent la carte du “tout gratuit” en échange de vos données, selon le modèle bien connu de la surveillance publicitaire. Tandis que Heypster mise sur la conformité et la transparence, avec un modèle économique probablement basé sur des abonnements ou licences plutôt que l’exploitation des données personnelles. Le choix pour une entreprise revient un peu à celui entre « la facilité risquée » et « la responsabilité proactive ». Mais rassurez-vous, Giphy et Tenor ne sont pas les seules options : voyons justement quelles alternatives s’offrent à vous pour profiter des GIF tout en respectant la loi.

Quelles alternatives pour des GIF conformes au RGPD ?

Face à ce tableau, deux stratégies principales se dégagent pour les responsables conformité et les équipes techniques/marketing : adapter l’usage des plateformes existantes ou opter pour des alternatives respectueuses de la vie privée. Dans les deux cas, l’objectif est de réconcilier le fun et la conformité.

Option 1 : Maintenir Giphy/Tenor en les encadrant drastiquement. Si, pour des raisons de contenu, vous tenez absolument à utiliser Giphy ou Tenor, il va falloir mitiger les risques. Cela passe d’abord par la transparence : informer vos utilisateurs (par exemple dans votre politique de confidentialité, voire via une petite mention à proximité du bouton GIF) que leurs données peuvent être transmises à un tiers pour la fourniture des images animées. Ensuite, idéalement, il faudrait obtenir leur consentement explicite avant tout envoi de données vers ces services. En pratique, cela pourrait prendre la forme d’une case à cocher « J’accepte que mes recherches de GIF soient traitées par [Nom du service] » – on devine que niveau expérience utilisateur, c’est loin d’être idéal (on imagine mal un pop-up RGPD apparaître à chaque insertion de GIF...). Autre piste technique : la mise en place d’un proxy serveur qui ferait écran entre l’utilisateur et Giphy/Tenor. C’est ce qu’a implémenté l’application Signal : lorsque l’on cherche un GIF dans Signal, la requête passe par les serveurs de Signal qui vont eux-mêmes requêter Giphy, ce qui cache l’adresse IP de l’utilisateur aux yeux de Giphy. Ce proxy peut même filtrer certaines données (par exemple enlever le fameux identifiant cid de tracking).

C’est une amélioration notable pour la confidentialité – et on notera que même Signal, fervent défenseur de la vie privée, n’a pas voulu renoncer aux GIF, preuve que le besoin utilisateur est là. Toutefois, mettre en place un tel proxy maison nécessite du travail, et ne règle pas tout (les données partent ensuite chez Giphy, même anonymisées partiellement). En outre, quelle que soit l’astuce, l’utilisation de Giphy/Tenor nécessitera un consentement de transfert international si des données personnelles partent hors UE (ce qui est quasi certain), sauf à conclure des clauses contractuelles types et autres garanties avec… Google ou Meta, ce qui est hors de portée pour la plupart des entreprises clientes. En bref, cette option “bricolage” est possible, mais lourde et à réserver aux cas où l’on ne peut vraiment pas faire autrement.

Option 2 : Adopter une solution alternative “privacy-friendly”. La voie de la sagesse (et de la sérénité) consiste à choisir un prestataire GIF respectueux du RGPD dès le départ. Comme on l’a vu, Heypster un candidat tout désigné, étant conçu pour cela. Intégrer une telle solution vous permet de continuer à offrir la bibliothèque GIF à vos utilisateurs tout en étant serein côté conformité. D’autres alternatives émergeront peut-être sur le marché européen, mais à date Heypster se positionne comme le leader sur ce créneau spécifique de la plateforme de GIF éthique.

Une autre possibilité, plus artisanale, est de constituer votre propre bibliothèque interne de GIF (par exemple en stockant des GIF sélectionnés sur vos serveurs, et en offrant une recherche locale). Cependant, cela demande de l’effort de maintenance et ne sera jamais aussi riche ni à jour que les bases mutualisées du marché. Cela peut dépanner pour un usage très restreint (quelques dizaines de GIF corporates, par ex.), mais pas si vous voulez la variété du web.

En optant pour une alternative conforme, vous transformez un risque en argument positif. Fini le cauchemar du DPO à chaque audit : vous pourrez au contraire communiquer en interne (voire à vos clients) que « oui, on propose des GIF dans nos produits, mais on a choisi une solution 100% conforme RGPD, vos données ne fuitent pas ». C’est gagnant-gagnant : l’équipe marketing/contenu garde ses outils d’engagement ludiques, et l’équipe conformité dort sur ses deux oreilles.

En outre, la CNIL elle-même encourage les organisations à se tourner vers des prestataires offrant des garanties suffisantes de conformité plutôt que de continuer à utiliser des outils non conformes​. Ce conseil donné pour la mesure d’audience vaut tout autant pour les GIF: nul n’est irremplaçable, et il existe désormais des acteurs qui concilient innovation et respect de la vie privée. N’hésitez pas à consulter les ressources officielles ou à solliciter un avis juridique pour valider l’option choisie, mais retenez qu’il existe des solutions pour régler le dilemme du GIF vs RGPD sans perdre le bénéfice des images animées.

Quels sont les risques pour les entreprises en cas de non-conformité ?

On pourrait être tenté de minimiser le problème – après tout, « ce ne sont que des GIF, qui va bien aller chercher des noises pour ça » ? Ce serait sous-estimer les risques juridiques et financiers encourus. Le régulateur (CNIL ou ses homologues européens) ne fera pas de distinction entre une violation du RGPD par GIF interposé et une autre : si manquement il y a, les sanctions potentielles sont les mêmes.

Sanctions financières : Le RGPD prévoit des amendes pouvant aller jusqu’à 20 millions d’euros ou 4% du chiffre d’affaires annuel mondial de l’entreprise, le montant le plus élevé étant retenu​. Dans le cas d’une entreprise de grande taille, cela peut représenter des sommes colossales. Bien sûr, toutes les infractions n’entraînent pas le maximum, la sanction est proportionnée à la gravité du manquement. Mais utiliser pendant des mois ou années un service tiers qui collecte des données sans base légale pourrait être considéré comme un manquement sérieux (violation des principes de base du règlement). Par ailleurs, avec l’entrée en application du DSA (Digital Services Act) pour les grandes plateformes, il faut noter que les amendes possibles montent à 6% du CA mondial pour non-respect des obligations de modération et de sécurité. Si votre service compte parmi les très grandes messageries, il y a donc un double enjeu: RGPD + DSA. Par exemple, diffuser sans contrôle des GIF potentiellement illicites ou offensants pourrait tomber sous le coup du DSA – Snapchat et Instagram ont dû suspendre Giphy par le passé suite à des GIF racistes ayant échappé à la modération​. On le voit, les GIF peuvent aussi créer des bad buzz en termes de contenu.

Mises en demeure et restrictions : Avant l’amende, la CNIL peut aussi décider de mesures correctives. Elle pourrait, par exemple, vous mettre en demeure de cesser le transfert de données vers Giphy/Tenor tant que ce n’est pas conforme. Cela s’est vu avec Google Analytics : des sites ont eu un délai d’un mois pour changer d’outil ou se mettre en conformité sous peine de sanction​. Imaginez que cela survienne pour votre application: vous pourriez être contraint de désactiver la fonctionnalité GIF au pied levé, ce qui peut perturber vos opérations et frustrer vos utilisateurs. La CNIL peut aussi ordonner la suspension des flux de données en question​, ce qui revient au même (on coupe le robinet, le temps que vous trouviez une solution conforme).

Risques contractuels et d’image : Nombre d’entreprises travaillent en B2B ou avec des partenaires qui exigent la conformité RGPD. Si un audit de client ou un questionnaire de sécurité révèle que « vous envoyez des données d’utilisateurs à des tierces parties non conformes », cela peut vous faire perdre des marchés ou entacher la confiance. Sur le plan de l’image, un article de blog ou un tweet dénonçant « X entreprise ne respecte pas le RGPD avec ses GIF » peut faire tache. À l’heure où la protection des données est un sujet médiatisé, aucun service ne souhaite être épinglé publiquement pour ce genre de manquement, fût-il lié à des GIF humoristiques. La confiance des utilisateurs est en jeu.

Enfin, ne négligeons pas le risque de plainte individuelle. Tout utilisateur européen peut saisir la CNIL (ou son autorité locale) s’il estime que ses données sont utilisées illégalement. Certes, peu de gens pensent spontanément à « porter plainte pour mon usage de GIF ». Mais ce n’est pas impossible : un employé sensibilisé ou un concurrent tatillon pourrait enclencher ce processus, et la machine de contrôle se mettrait en route de la même manière.

En somme, les entreprises ont tout intérêt à anticiper plutôt que de jouer avec le feu. Les GIF ne doivent pas devenir la petite faille par laquelle un gros ennui arrive. D’autant que, comme on l’a vu, des solutions existent pour éviter ces risques tout en profitant des bénéfices des GIF.

Conclusion : concilier GIF et RGPD – recommandations pratiques

Faut-il bannir les GIF de vos outils par peur du RGPD ? Certainement pas. Conformité et créativité peuvent faire bon ménage, à condition d’adopter les bonnes pratiques. Voici nos recommandations pour que vos GIF fassent rire vos utilisateurs, et non pleurer votre responsable conformité :

  • 1) Faites l’inventaire de vos usages de GIF. Identifiez où et comment des fonctionnalités GIF (API, SDK, plugins) sont utilisées dans votre organisation (site web, appli mobile, intranet, messagerie interne, etc.). Pour chaque intégration, notez quel service est appelé (Giphy, Tenor ou autre) et quelles données potentiellement transitent. Cet état des lieux est la base.
  • 2) Évaluez la conformité de chaque intégration. Pour chaque usage repéré, posez-vous les questions : Avons-nous informé les utilisateurs ? Avons-nous leur consentement ? Les données partent-elles hors UE ? Avons-nous une DPA (accord de traitement des données) avec le fournisseur ? Si la réponse est non à la plupart (ce qui est probable avec Giphy/Tenor), alors le risque de non-conformité est réel.
  • 3) Consultez votre DPO / juriste. Impliquez le responsable RGPD de votre entreprise dans la boucle. Expliquez-lui le fonctionnement (envoyez-lui pourquoi pas cet article !) et discutez des bases légales possibles. En général, il confirmera qu’il faut soit un consentement utilisateur, soit changer de solution. Cette validation interne est importante pour acter des changements.
  • 4) Testez des alternatives conformes. Si vous décidez de migrer vers une solution comme Heypster ou un autre fournisseur respectueux, n’hésitez pas à effectuer un proof of concept. Vérifiez que l’intégration technique se passe bien, que le catalogue de GIF convient à vos besoins marketing, et que les engagements de confidentialité (pas de collecte de données) sont tenus. Profitez-en pour demander au fournisseur sa documentation RGPD (politique de confidentialité, éventuelles certifications, etc.).
  • 5) Mettez à jour vos documents et paramétrages. Une fois la nouvelle solution déployée, adaptez vos politiques de confidentialité pour mentionner le fournisseur utilisé et rassurer que les données ne sont pas exploitées abusivement. Si vous conservez Giphy/Tenor avec un consentement, assurez-vous que ce dernier soit bien intégré dans votre bandeau cookies ou préférence de confidentialité. Mettez également à jour votre registre de traitements RGPD en interne pour y inclure ces traitements de GIF.
  • 6) Sensibilisez vos équipes. Informez vos équipes marketing, communication, produit de ces enjeux. Souvent, l’usage de GIF avait été ajouté par fun sans conscience des implications ; en expliquant les mesures prises, vous évitez les incompréhensions. Vos collègues seront sans doute surpris d’apprendre tout cela, mais apprécieront que vous ayez trouvé des solutions (et vous regarderez désormais tous ensemble les GIF sous un angle neuf 😄).

En appliquant ces recommandations, vous devriez pouvoir continuer à profiter de la puissance communicationnelle des GIF tout en étant en règle. L’important est de ne pas laisser un angle mort dans votre conformité. Le mot d’ordre : privacy by design, même pour les fonctionnalités ludiques.

En conclusion, un GIF vaut mille mots… mais il ne doit pas vous coûter des milliers d’euros d’amende ! En vous assurant que votre usage des GIF est conforme au RGPD, vous protégez vos utilisateurs et votre entreprise tout en continuant à diffuser des messages animés percutants.

🎉 Bonne continuation dans vos projets, et que vos GIF fassent sourire sans arrière-pensée !

A propos de l'auteur
Edouard Schlumberger

Co-fondateur de Leto, Edouard a rencontré les problématiques de mise en oeuvre de la protection des données personnelles durant ses différentes aventures entrepreneuriales précédentes.

Cela pourrait vous intéresser

S'inscrire à la newsletter RGPD de Leto

Chaque semaine, on parle de votre conformité RGPD et on vous donne plein d'infos pertinentes et utiles!

Cliquez ici pour consulter notre politique de confidentialité.

Merci ! Nous avons bien reçu votre inscription.
Aïe ! Quelque chose n'a fonctionné. Pourriez-vous recommencer?